interviews

en questions

Le pinceau greffé, Quelques années après la fin de ses études, Vincent Audoin, alias « Mr Vinzz » revient sur son parcours et nous dévoile les nouveaux projets qui l’animent.


Vincent répond à nos questions… Vincent, tu as fait à l’école Etic une année préparatoire et deux années de BTS. C’était en quelle année ? Et quel a été ton parcours d’études ensuite ?

Vincent : J’étais en prépa en 2010-2011. J’ai enchaîné avec le BTS directement après (malgré un petit virage d’un mois en BTS design produit à Saint Etienne qui n’a pas été concluant du tout ). Après le BTS, je suis allé à L’ESAD d’Amiens en 2e année de DNAP Design Graphique, mais je suis parti à la fin de l’année. Je n’ai pas continué la 3e année pour avoir le diplôme car c’était trop théorique, et pas assez concret. J’ai enchaîné avec une Licence Pro « Métier de l’édition », conception graphique et multimédia à l’université Rennes 2. Une année que j’ai vraiment adorée… une petite promo, des choix de modules pour différents cours et un stage de 3 mois, que j’ai réalisé chez Billabong dans les Landes. Et enfin je suis parti à l’étranger pour me former à la peinture en lettres, et à la création typo et lettrage en général. D’abord un mois à Londres puis 6 mois en Australie dans 3 studios / ateliers différents.

Ta voie professionnelle vers la typo est un choix très déterminé. Par quoi ? Comment as-tu fait ce choix ? Sentais-tu cette attirance dès tes études à Etic ?

Vincent : En fait je me suis posé la même question tout au long de mes études de graphisme : « Qu’est ce que je vais bien pouvoir faire comme métier, comme spécialité ? ou dans quel studio et à quel poste je vais pouvoir travailler, pour continuer à dessiner un maximum et ne pas être un simple exécutant qui pond des affiches pour des campagnes et des sujets barbants en face de mon ordinateur tous les jours. » Mes études m’ont passionné et je voulais garder cette ‘‘flamme’’ dans ma vie professionnelle. La routine et l’ennui m’angoissent terriblement ; c’est peut-être ce qui explique pourquoi mon cursus de graphiste s’est étalé sur 5 ans dans 4 villes différentes. Bref… j’ai obtenu mes diplômes, mais pas directement un travail, et c’était tant mieux, car j’ai tout de suite envoyé des dizaines et des dizaines de lettres de motiv’ dans des studios spécialisés en illustration et typo / lettrage, un peu partout dans le monde pour effectuer un ou plusieurs stages en vue de me faire embaucher, de bosser en free-lance, ou autre. A vrai dire je ne savais pas ce que j’allais faire, mais je savais ce que je ne voulais pas faire, c’est déjà ça… Après avoir envoyé toutes ces lettres, Ged Palmer, un graphiste et peintre en lettres de Londres que j’avais contacté m’a proposé de venir passer un mois avec lui. J’ai bien sûr tout de suite accepté… son travail est juste fou ! J’étais tellement content et flatté car j’étais son tout premier stagiaire ! Je m’étais déjà intéressé à la peinture en lettres dans le passé, et j’avais trouvé ça génial. Je pense que c’est resté dans un coin de ma tête… ça côtoyait mes envies de peut-être devenir tatoueur, mais c’est le sign painting qui a pris le dessus et c’est cool car je m’éclate vraiment. Donc c’est Ged qui m’a initié au métier ; il m’a montré énormément de techniques, de trucs et d’astuces, mais aussi tous les produits et le matériel. Je l’ai suivi partout pendant un mois. C’était de la folie… J’ai tellement appris et j’ai rencontré beaucoup de gens du métier, qui sont devenus des amis maintenant. C’est véritablement mon mentor et un super pote. C’est pour ça que j’ai voulu continuer et que je suis parti en Australie par la suite. Donc c’est surtout mon amour pour le dessin, l’illustration, le fait main… bref le concret qui m’a mené à faire ça. Quand j’étais à Etic j’aimais bien la typo mais c’est vraiment sur la toute fin de mes études que je suis entré de plain-pied dans ce monde.


Aujourd’hui tu reviens donc à une profession très artisanale dans un monde où le tout  numérique semble être la voie royale. Qu’en penses-tu ?

Vincent : C’est vrai que c’est un peu à contre-courant, mais en même temps, c’est assez dans l’air du temps car je vois de plus en plus de gens qui s’attachent au savoir-faire, aux belles choses, et qui en ont marre d’acheter des choses peu chères, de qualité médiocre, qui ne durent pas et qui n’ont pas d’âme. Toute cette tendance éco-responsable, hand-made, DIY.. participent au renouveau de mon métier. Le métier de peintre en lettres n’est plus ce qu’il était dans les années 1900, où il était un métier de production de masse avec de grandes entreprises, de nombreux ateliers et beaucoup de peintres en lettres dans chaque ville de France. Maintenant on est plutôt dans une recherche de quelque chose d’un peu plus exclusif, de différent, qui vient ajouter un plus à un lieu, un magasin, ou autre.

Mais personnellement, je suis super impressionné par tout ce que le numérique permet de faire. Je suis passionné par les nanotechnologies et les évolutions que cela va permettre dans le futur, mais le corps de ces métiers reste très technique, très abstrait. Et pour ma part, ce qui me touche, ce que j’aime faire, c’est travailler la matière, créer quelque chose de concret, de tangible. Je trouve que le dessin et la peinture sont la plus pure expression de ce que je viens d’évoquer : partir d’une feuille blanche et arriver à une œuvre sur mesure pour un client est vraiment ce qui me fascine et me passionne le plus. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile c’est sûr, mais au final, c’est ce qu’il y a de plus gratifiant ! Car il n’y a pas de filtre, ou d’intermédiaire entre moi et la réalisation finale : c’est directement de la tête à la main et à la peinture. Même sans électricité, sans ordinateur, sans technologie, je reste capable de faire quelque chose et de créer. Loin de moi le fait de dire que les créatifs du numérique ne sont pas de bons créatifs, au contraire, mais je resterai toujours plus ébahi face à quelqu’un qui dessine, qui peint, qui sculpte… C’est une émotion que je ne retrouve pas dans le numérique.

Tu es donc à ton compte, en free-lance. Comment trouves-tu tes clients ?

Vincent : Le bouche à oreille fonctionne beaucoup… Dans une ville comme Paris, en constant renouvellement, le travail appelle le travail. Si les réalisations que j’ai effectuées ont plu, les clients vont en parler à d’autres qui vont en parler à d’autres etc., et c’est l’effet boule de neige. Au début c’est difficile… il faut se faire un réseau, se faire connaitre, et cela prend beaucoup de temps. Il faut aussi savoir se vendre, savoir « réseauter » dans le réel et dans le virtuel : les réseaux sociaux sont un très bon moyen de se faire connaître et de montrer son travail ; Instagram est une super plateforme, et certains de mes clients m’ont connu grâce à mes publications sur Instagram.

Avoir un site internet est aussi très important aujourd’hui. Les publications plus « classiques » dans les magazines par exemple sont aussi un super bon moyen de se faire connaître du plus grand nombre. Avoir un article sur soi et sur son travail, c’est d’une part très gratifiant, ça fait plaisir, ça flatte un peu l’ego — il ne faut pas se mentir —, et surtout ça touche énormément de gens, qui ne seraient peut être pas allés voir votre compte Instagram ou votre site internet sans cet article, et par la suite cela peut les amener à vous contacter pour du travail. Pour l’anecdote grâce à l’article dans la revue Louis mag (de Cédric Neige… réseau Etic !), j’ai été contacté par des clients dans la région de Tours ; c’est vraiment un coup de projecteur super intéressant et j’ai hâte d’avoir la chance d’être publié dans d’autres magazines dans le futur.

Etes-vous beaucoup à avoir ce savoir-faire de peintre en lettres, très particulier ?

Vincent : En France je ne sais pas. Je suppose que nous ne sommes plus très nombreux. C’est un métier qui est resté très présent dans les pays anglo-saxons notamment. Il y en a toujours moins que dans les années 1900, mais il y a beaucoup plus de studios que dans l’hexagone. Par exemple, on compte des dizaines d’ateliers à Londres (bien plus qu’à Paris !), mais la demande y est aussi plus forte là-bas. Les États-Unis sont aussi une grande nation du sign painting, qui est resté très ancré dans la culture. Quant à Paris, nous sommes peut-être une vingtaine si l’on compte les anciens qui sont en leur fin de carrière (la fin de carrière arrive vers 75 ans… oui on reste accroché à ses pinceaux tant que l’on peut !) et les nouveaux qui arrivent. Il y en a de plus en plus qui veulent s’y mettre car c’est devenu un effet de mode, mais il faut savoir qu’il faut énormément pratiquer avant de pouvoir prétendre à vendre ses services, et c’est ce que ne fait pas vraiment cette toute nouvelle génération malheureusement. Il y a un marché mais il n’est pas non plus énorme, alors il faut faire des choix intelligents, ne pas se lancer sans réfléchir, être à l’écoute des anciens, même s’ils ne sont pas toujours très disponibles, et les respecter, rester humble face au métier car on s’améliore toujours, ne pas faire n’importe quoi au risque de tuer un métier qui renaît tout doucement. C’est un métier de patience et de passion.


Vous pouvez suivre le travail de Vincent sur :

Facebook | Behance | Instagram


Crédits photos : Camille Gabarra & Arnaud Girardin


interviews / suite

X