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Sophie Ladegaillerie est sortie d’Étic en 2003 avec un BTS en poche. Après avoir étoffé ses connaissances avec d’autres formations et réalisé différentes missions en agence, elle travaille désormais en freelance et nous explique les raisons de ce choix. Sophie nous parlera également de son engagement fort avec La Péniche du Cœur.


Bonjour Sophie ! Tu es sortie d’Etic en 2003 avec un BTS en poche, obtenu brillamment ! et nous avons le souvenir d’une jeune fille exigeante, rigoureuse avec une forme d’ambition. Tu souhaitais continuer ta formation. À l’époque, l’école ne proposait pas de poursuites d’études.
Qu’as-tu fait après et pourquoi ?

Sophie : Bien que le programme des 2 années de BTS proposé à l’époque préparait déjà bien les étudiants à la vie professionnelle, je ne me sentais pas prête à travailler et rêvais de faire des études plus longues. J’ai donc poursuivi avec une année (reconnue en licence depuis) à l’atelier graphique de l’école des Gobelins à Paris. Pas de cours mais une section de 20 élèves, sélectionnés sur concours, qui travaillent sur une quinzaine de projets réels pour des clients partenaires de la CCI : à chaque fois l’un d’entre eux était choisi et édité. Timbre, illustrations pour un album des Enfoirés, couvertures de guides, identité de marque d’un événement culturel, etc.
 Une très bonne transition avant le monde professionnel où l’on apprend à comprendre un brief, défendre son projet devant le client et le faire évoluer selon ses souhaits.

J’ai ensuite poursuivi avec une année d’étude à l’EMAF de Fribourg en Suisse, école partenaire des Gobelins qui nous accueillait volontiers. J’ai refait l’équivalent d’une première année de BTS mais sur du web, de la vidéo et de la 3D : je n’ai pas poursuivi car je ne souhaitais pas me spécialiser dans l’une de ces 3 matières mais leur apprentissage a été passionnant et un sacré plus sur mon CV pour trouver du travail.

Finalement le passage vers le digital, même si tu ne t’en es pas servi directement, te sert pour diriger des projets, non ?
Quel est ton métier aujourd’hui ? Sur ton profil, tu te dis « graphiste », et quand on en parle, tu te définis comme « Responsable de projets ». Alors quoi… que fais-tu ? Comment travailles-tu ?

Sophie : Il est assez incontournable aujourd’hui, si ce n’est de maîtriser soi-même, au moins de connaitre le fonctionnement de chaque support de communication. Je ne suis vraiment pas branchée digital naturellement (je n’utilise aucun des réseaux sociaux !) mais pour mes clients je me dois de me tenir un minimum informée des tendances et d’être capable de concevoir un projet pertinent puis de briefer convenablement des développeurs. J’en ai fait de même pour les stands : ce n’est pas ma formation de base de travailler en volume, dans l’espace, sur des formats immenses, mais cela reste un support de communication comme un autre : il suffit d’en apprendre les codes spécifiques.

Il y a encore 2 ans je travaillais assez souvent à la journée dans différentes agences de communication globale, ou sur des projets complets qu’elles me confiaient, et pour quelques clients en direct.

Aujourd’hui, pour des raisons personnelles que l’on verra plus loin, je préfère gérer mon emploi du temps complètement et ne prendre que des missions pour lesquelles je peux travailler de chez moi (toujours certaines via agences mais de plus en plus en direct via des plateformes telles que Hopwork, devenue Malt). Je me considère plus comme « responsable de projets » que DA ou exé car j’accompagne souvent mes clients dès le choix des outils, leur conception, leur rédaction parfois, leur réalisation bien sûr et le suivi de fabrication aussi de temps en temps. Au final, j’aime beaucoup être la seule interlocutrice et je m’aperçois que je gagne mieux ma vie ainsi en plus ! ☺


Projet d’agencement de stand pour l’agence immobilière ICADE.

Tu es engagée depuis plusieurs années dans une association humanitaire. Peux-tu nous en parler ?

Sophie : Je suis bénévole au Restos du Cœur depuis 8 ans, dans un centre d’hébergement d’urgence qui s’appelle La Péniche du Cœur. C’est un joli bateau au pied de la gare d’Austerlitz qui accueille toute l’année jusqu’à 70 hommes en situation de grande précarité. Et on peut dire que ça a complètement bouleversé ma vie ! Je me suis passionnée pour ce lieu et ses équipes, et me suis révélée au contact de ces hommes abimés par la vie mais ô combien riches de mille choses : ils m’ont donné une profonde et féroce envie de me battre pour lutter contre cette situation inacceptable à Paris en 2017.

Aujourd’hui j’en suis la Présidente depuis un an et demi : je suis l’employeur de 10 personnes et responsable (juridiquement et même pénalement !) d’environ 160 bénévoles et 70 personnes hébergées. C’est un engagement énorme bien sûr, en terme de temps et d’énergie : c’est largement l’équivalent d’un mi-temps. Et comme je suis de nature ambitieuse (pas tellement pour moi mais dans mes projets) et perfectionniste, je vais jusqu’au bout des choses : depuis octobre j’ai également été élue au Conseil d’Administration des Restos du Cœur National et je porte depuis quelques mois le projet fou mais indispensable d’humanisation de notre centre. Je suis donc en train de batailler pour que l’on achète un nouveau bateau, plus grand et plus récent, qui nous permettrait d’améliorer considérablement nos conditions d’accueil. Notre association fait déjà un travail remarquable : la doter d’un outil adapté et digne des personnes hébergées est pour moi un devoir, le projet semble pouvoir devenir une réalité dans les 2 années à venir.

Certes c’est du pur bénévolat, et comme je « travaille » moins je perds du pouvoir d’achat. Mais c’est un choix que je ne regrette pas : l’expérience est unique et incroyable, c’est une formation en accéléré et en live sur de nombreux domaines différents, tellement enrichissante et passionnante.

Comment envisages-tu ta vie à venir, entre les contraintes professionnelles et tes engagements ?

Sophie : Jusqu’à présent j’ai réussi à très bien concilier mon travail et mon engagement : je dirais même que d’avoir moins de temps m’a obligé à être plus exigeante dans mes choix professionnels, à ne garder que ce qui était rentable et à peaufiner mes devis.
 L’année prochaine sera l’année de l’inconnu : avec ce grand projet à porter en plus du quotidien de l’association, un mariage à organiser pour juillet et… un bébé à naître mi-mai ! ☺ Car dans cette association j’y ai aussi rencontré des amis merveilleux et l’homme de ma vie : vive le bénévolat !

Bravo pour tout Sophie. Ton engagement est à la hauteur de ton exigence ! et nous sommes fort avec toi.

 


Découvrez sa vidéo sur La Péniche du Cœur pour le webzine Konbini : ICI



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